• 20 Septembre - 26 Octobre, voilà donc 5 semaines (un tout petit peu plus) que je suis rentré à l'IJBA. Quels sont les premiers mots qui me viennent à l'esprit ? Je suis heureux tout simplement. L'école est bien et même si les débuts sont plutôt théoriques comme je le disais il y a une quinzaine de jours, c'est une phase nécessaire par laquelle on doit passer avant de passer à des choses plus pratiques.
    Mais en 15 jours, les choses ont quand même eu le temps de s'accélérer. Les travaux d'écriture se sont multipliés et on commence à nous donner quelques reportages à faire. Du terrain. Enfin !

    Premier en date : vendredi dernier. Le directeur avait décidé de prendre la promo en demi-groupe pour une journée entière. Alors qu'on s'attendait tout bêtement à gratter du papier pendant 6h (avec le rythme de parole propre à lui, ultra rapide et séquencé, en mode "je parle en cours comme à la radio") en fait, c'est un peu l'inverse auquel on a eu droit. L'exercice consistait à réaliser 3 brèves et 2 filets sur un sujet donné de manière bien ciblée par le dirlo himself. "Des sujets éloignés de vos préoccupations ordinaires, des sujets sur lesquels vous avez le moins de connaissances possibles ..." Ca promettait ! 6h pour réaliser 5 articles dont la longueur ne dépasse pas 5 lignes pour la brève et 10 pour le filet, je pensais y arriver aisément. Puis est arrivée la distribution des sujets : la pêche à Bordeaux, jouer, se relaxer, chasser à Bordeaux ... Je vois les mines déconfites de mes camarades de promo. Le directeur pose ensuite la feuille devant moi : "Se soigner à Bordeaux et dans son agglomération".
    Originalité dans le choix des articles, des interlocuteurs et des angles était la consigne principale. Respecter les canons de l'écriture journalistique et le temps imparti étaient également deux impératifs évidents. 
    Alors que 6h peuvent paraitre longues (comme par exemple quand tu fais 6h d'anglais pour pas grand chose, mais j'y reviendrai d'ici une dizaine de jours dans un article sur la "Nuit Américaine"), ici 6h sont vraiment courtes pour tout faire.
    Il faut déjà chercher des sujets originaux, cibler des interlocuteurs, écrire des questions à leur poser, les appeler, les avoir au téléphone, parler quelques minutes avec eux (je rappelle qu'on est vendredi ... dur de trouver des interlocuteurs joignables et disponibles surtout quand il s'agit de médecins) et ensuite écrire les 5 articles demandés. Il faut compter aussi le temps de midi qui coupe la journée et limite le champ des possibles. Au final, il faut faire des choix, se résoudre à écrire des choses qu'on voulait pas forcément écrire, écarter des sujets intéressants parce qu'on a pas pu contacter untel ou untel. Et je parle même pas de ceux qui ont fait le choix de se déplacer sur le terrain (sous la pluie, les courageux) et qui ont dû écrire dans la précipitation. Mais au final, on y est tous arrivé, avec plus ou moins de facilité selon les thèmes.

    5 semaines : petit bilan
    Le Tisanier d'Oc à Bordeaux, un bon moyen pour se soigner par les plantes (rue Bouffard).


    C'est, pour le moment, le seul travail d'écriture rapide qu'on a eu à faire. Les autres papiers à rendre sont dans le cadre du cours d'écriture informative et sont des travaux où on a plus de temps pour bosser (ce qui peut aussi être piégeux). Pour donner des exemples, on doit rendre des comptes-rendus de conférences auxquelles nous sommes tenus d'assister (Les jeunes et l'alcool par Xavier Pommereau hier soir ou encore une conf de Michel Rocard pour le festival du film à Pessac, celle-ci étant à venir sous peu). Chaque semaine, on doit rendre un papier en fait (une fiche explicative sur un titre de PQR, un papier d'annonce sur un évènement parisien sont autant d'exemples de papiers courts qu'on nous demande). Voilà le rythme auquel on nous astreint. Si on bosse régulièrement, faut bien avouer que ça se fait sans trop de difficultés. Faut pas se laisser déborder, voilà tout.

    Un dernier travail qui m'a bien plu, c'est de travailler avec la journaliste de l'AFP et dont j'ai déjà parlé. On a appris le mode de fonctionnement des dépêches à l'AFP (utile dans le cadre d'un stage éventuellement même s'ils ne prennent pas trop d'étudiants M1) : alertes / urgents / flashs ... et surtout le mode de rédaction. Le boulot qu'on nous a donné a donc consisté à mettre en application ce qu'on avait vu avec elle en rédigeant plusieurs dépêches sur un sujet donné. Intéressant quoique parfois frustrant car le journaliste AFP rédige assez peu de texte dans une dépêche nécessairement courte. On perd un peu le côté rédactionnel, si visible, pour un travail de recherche, de synthèse et d'accroche qui est plus un travail de l'ombre.

    5 semaines : petit bilan
    L'AFP (Agence France Presse) est une des plus grosses agences de dépêches du monde

    Mais je garde le meilleur pour la fin ! Ce qui va suivre est une annonce à un futur article en vérité puisque je n'ai encore rien fait dessus. On nous a simplement donné la consigne mais je la trouve tellement bien que je ne peux pas ne pas vous la faire partager ici : faire un reportage de 9000 signes max sur un thème libre avec pour seule consigne : "Aller là où la presse ne rentre pas" ... J'ai déjà quelques idées dont je ne vais pas parler pour le moment.
    Je m'en vais prendre une petite semaine de vacances (même si j'ai plusieurs papiers à écrire et du boulot de recherche) bien méritée après 5 belles semaines à l'IJBA. Et on a encore rien vu !

    Prochain article après la rentrée sur la Nuit Américaine (on couvre les évènements de l'élection américaine le 6 Novembre en restant à l'IJBA de 18h à 6h). J'aimerais aussi parler un peu du webzine qu'on est en train de monter avec la promo (je mettrai l'adresse une fois que tout sera au point) et de notre travail qui avance bien sur l'analyse des médias (j'en ai déjà un peu parlé mais on prépare une bombe avec Nastasia !). Peut-être aussi que de nouveau cours viendront s'ajouter à ceux que nous avons pour le moment et il sera nécessaire d'en parler. Bref, y'a du boulot !

    5 semaines : petit bilan
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  • La réduction des crédits frappe tout le pays : les universités n'y échappent pas. L'IJBA étant une école publique (un ancien IUT dont le diplome a aujourd'hui le grade de Master) adossée à l'Université Bordeaux III, elle est concernée par les coupes budgétaires bien qu'on tente de nous expliquer le contraire. On crie haut et fort devant les élèves que l'école a son autonomie financière, mais au final la situation économique n'est pas si jolie. C'est ainsi que, quand on compare le premier semestre des M1 de l'an dernier et des M1 de cette année, on constate un virage serré sur la "théorie" journalistique, bien moins chère que toute mise en pratique rapide. Bien entendu, cette pratique, nous l'aurons, mais simplement un peu plus tard.

    On débute donc par des cours quasi magistraux avec des power-point interminables et l'annonce d'un partiel en fin de semestre. On se croit vite revenu dans le giron d'une université "basique". Ces cours sont certes peu nombreux et même s'ils sont fondamentaux, ils sont parfois indigestes. 
    On trouvera parmi ceux-ci le droit de la presse (indispensable pour ne pas rentrer aveuglement dans le monde du travail), l'histoire de la presse et les sciences de l'information et de la communication. Les étudiants qui sortent de cursus Infocom l'ont mauvaise comme on dit. Reprise des bases pour tout le monde. Pas inutile pour moi en tout cas. Surtout que les profs sont quand même bétons. Dommage que la forme de leurs cours les rendent trop formels, trop éloignés des étudiants.

    Un deuxième "bloc" de cours est consacré à l'écriture informative que se partagent le directeur de l'école (pour les formats dits courts) et la responsable des stages  (pour un cours plus général). On plante le décor directement : comment intéresser son lecteur, comment le faire rentrer dans son article, comment l'en faire sortir habilement. On apprend toutes les formes possibles d'articles classées en différentes catégories. Ce classement n'est pas l'oeuvre d'un prof de l'IJBA mais d'Yves Agnès dans son livre de référence "Manuel de journalisme". 
    L'occasion de travailler sur quelques unes de ces formes et de faire quelques exercices : réécriture de brèves, détection des erreurs classiques et rédaction d'un portrait sur un membre de la promo. Ce dernier exercice est un "devoir maison". Parfaite opportunité pour encore mieux connaitre quelqu'un parmi les 35 nouvelles têtes à intégrer. Parfaite occasion aussi de mettre à contribution sa plume qui n'avait pas encore chauffé ! Même si écrire sur quelqu'un qu'on connait encore peu et avec qui on va passer 2 ans est difficile, l'exercice se révèle passionnant et motivant. Enfin, on fait ce pour quoi on est là : écrire. 

    Mais l'IJBA souhaite aussi nous faire réflechir. Autant si ce n'est plus qu'écrire. C'est dans ce cadre que s'inscrit le cours d'analyse des médias. Passionnant n'est pas un qualificatif assez fort pour décrire le prof qui nous distille ce cours. J'adore son boulot, il est réalisateur de docu pour la TV (Thalassa, Arte reportages ...) et a travaillé aussi pour quelques médias de renom (dont le Monde diplo entre autres). Il est là pour nous faire travailler l'oeil. "Un bon reportage est un reportage qui ne prend pas son public en otage, qui lui fait confiance." Voilà qui résume sa pensée. "Faites gaffe à tout, aux bidonnages, aux approximations, aux abus de langage. Décryptez, analysez." Ce qui est troublant c'est qu'il ne donne pas de réponse à nos interrogations. Pense-t'on bien ou mal ? "C'est à vous de voir comment vous voulez faire votre travail." C'est marrant mais depuis son cours, il ne se passe plus un reportage TV sans que je me dise : Tiens là on me prend pour un jambon en me disant ça. 

     

    L'art du montage peut parfois cacher les manques d'une enquête et l'art du commentaire bien placé peut cacher l'insuffisance de sources. Enquête et sources, le dernier "bloc" de cours auquel on a eu droit ces deux dernières semaines. Une journaliste de l'AFP et un journaliste indépendant spécialisé dans le reportage et l'enquête se partagent chacun ces deux thèmes. La première nous parle de l'importance du traitement des sources, leur nombre, leur recoupement et nous donne les clés pour bien démarrer son enquête pour un article, le second traite du comment faire une enquête journalistique de qualité. 
    Les deux intervenants extérieurs à l'IJBA sont réellement impressionnants par leurs parcours et leurs savoirs. Je suis très content à ce niveau là, on rencontre des gens vraiment concernés, intéressants et interessés ... On a encore eu qu'un seul cours avec eux et j'attends avec impatience la suite des enseignements dans ce domaine où nous avons tout à apprendre.

    Pour finir sur une note plus légère, on a eu aussi cours sur les réseaux sociaux, plus spécifiquement sur Twitter. J'ai du créer mon compte Twitter. Dur ! Je vois pas trop l'intérêt encore de partager de l'info en 140 signes. J'ai tenté de débattre avec quelqu'un sur le dernier Prix Nobel de la paix attribué à l'UE, ca m'a frustré un maximum de ne pas pouvoir laisser aller mes doigts sur mon clavier pour donner mes arguments. Faut dire que j'ai pas pour habitude de faire court (et j'essaie de m'y astreindre ici sinon ça deviendrait vite pénible) alors Twitter me désole pour le moment. A voir avec le temps !!

     

    Prochain article probablement le week end prochain pour vous expliquer la suite des cours et la charge de travail à l'IJBA.
    Peut-être que je mettrais quelques mots dans la semaine sur les Tribunes de la Presse qui ont eu lieu à Arcachon ce week end et auxquelles j'ai assisté dans la journée de samedi uniquement. 


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  • Les premiers cours proprement dit ont commencé mercredi 26 septembre. J'ai envie de parler de 2 choses dans cet article : les cours en eux-même bien entendu mais également de la sortie de l'école dont on nous parle déjà beaucoup (trop ?).

    Le mercredi 26 est d'ailleurs symptomatique de cette dualité : le matin, droit de la presse, l'après-midi, préparation aux stages. Si la matinée est plutôt détendue, surtout pour moi puisqu'on parle des bases du droit qui ne me sont pas étrangères, l'après-midi met la promo dans un état assez bizarre. A mi chemin entre la léthargie et le désespoir.
    Les stages à l'IJBA se déroulent pendant les vacances d'hiver et de printemps pour des durées courtes de 15 jours puis un stage de remplacement d'été en juillet/août. Ces stages courts sont en fait un pré-stage où l'étudiant est envoyé dans la future rédaction qu'il occupera à l'été. En Master 1, le stage d'été se fait obligatoirement en PQR (Presse Quotidienne Régionale), et les 36 étudiants sont répartis dans toute la France.
    C'est une ancienne journaliste dans la Loire (à Saint-Chamond pour être très précis) et qui possède un gros tempérament qui s'occupe de nos stages en M1. C'est une "femme de gauche" comme elle dit, une syndicaliste. C'est une passionnée. Elle est là pour nous apprendre les bases tant en droit de la presse ("pour pas vous faire arnaquer") qu'en écriture informative. 
    Mais en cet après-midi, elle ne nous tient pas par la main pour nous expliquer comment va se passer le stage et la sortie de l'école. Un stage a 800km de Bordeaux ? "C'est formateur". Problème de logement ? "Va falloir se débrouiller". Pas de permis ? "Va falloir se dépêcher". A toutes nos interrogations, il y a une réponse, plus démoralisante les unes que les autres. Ce discours fait écho aux mots du directeur la semaine dernière. On commence à saisir concrètement la difficulté et la précarité de notre futur métier. Faut-il en avoir peur ? Pas forcément selon les profs. En ce qui me concerne, sans être affolé, je me dis que ca va être bien plus compliqué que prévu. 

    La presse est un secteur en pleine mutation. Le papier attire beaucoup moins et les supports multimédia prennent le pas sur le reste. La "leçon inaugurale" distillée par Jean-François Fogel (qui a crée entre autre le site du Monde.fr), va dans ce sens. Il insiste, optimiste, sur le fait que les gens ont de plus en plus soif d'information et que les réseaux sociaux sont l'avenir du journalisme. La question du curseur réactivité / qualité de l'information n'est pas un véritable problème pour lui : on peut très bien annoncer une info incomplète rapidement quitte à la compléter ensuite. Pour lui, les gens qui lisent les infos en 140 signes sur Twitter ne seraient pas réfractaires à lire un grand papier plus complet sur le même sujet. Je ne suis pas de son avis. A mon sens, les gens ont envie de lire de l'info de plus en plus vite. Ils n'ont pas envie de comprendre, juste de tout voir le plus rapidement possible. Et eventuellement gratuitement ! Les gens veulent tout, tout de suite. La presse écrite, sa longueur, ses codes, sa difficulté d'approche est trop loin des préoccupations des gens. Même le meilleur journaliste n'y changera rien. C'est tout un système qui est à repenser. Mais là n'est que mon avis en entrant à l'école. Je ne demande que qu'on me prouve le contraire !

    Jean-François Fogel (photo site IJBA)

    La fin de la semaine dernière fut consacré à une grande conférence menée par un intervenant sur l'Histoire de la photographie. C'était très intéressant quoique un peu long sur la fin. En tout cas, la conf a donné envie a beaucoup de personne d'acheter un ancien appareil photo et des pellicules pour "prendre le temps de faire de la photo". Parler d'argentique, de Leica, de Robert Capa et autres grands photographes était passionnant et m'a donné l'impression de vraiment ralentir le temps. Je suis revenu à cette "époque" avec nostalgie et envie. Cette tentation du "c'était mieux avant" revient sans cesse. Loin du tumulte d'informations, loin des 250 milliards de photos prises en une seule année (c'était en 2007), loin des 72h de vidéos chargées sur Youtube toutes les minutes, loin des 2 millions de "j'aime" et de commentaires Facebook en moins d'1 min, loin des 300 milliards d'e-mails envoyés en 1 jour ... Bref, loin de cette modernité poussée à son paroxysme.

    Deux semaines à toute allure
    Le Leica

    La conférence prend fin vendredi matin. L'après-midi est le symbole de ce que je disais juste au dessus. On passe de la photo à l'ancienne et de son Histoire avec un grand H au trucage photo par Photoshop. Vous l'aurez compris, on est passé du coq à l'âne en quelques heures avec ce cours sur la maitrîse de Photoshop. Bon, je dis pas que j'ai pas aimé. Au contraire, j'ai trouvé ça vraiment bien. Mais quand on voit ce qu'on a vu avant, on peut pas s'empêcher d'y penser et de se poser une question légèrement anachronique : Qu'aurait-fait Robert Capa avec Photoshop ? Lui et ses planches contacts artisanales contre le clic de la souris "perfectionnisante"  ... 

    Petite photo d'un magasin trouvé sur Bordeaux, pas loin de l'école qui "colle" très bien à l'article. Ce n'est pas une charcuterie comme l'indique l'enseigne mais un magasin qui vend d'anciens appareils photos mais aussi des CD, vinyles etc ...

     

    Stages, photo et leçon inaugurale

    Prochain article rapidement pour vous exposer mes premiers "vrais" cours journalistiques avec au programme (en vrac) : écriture, sciences de l'info/com, analyse des médias et travail sur les sources de l'info. 

     


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  • Le premier week-end bordelais est consacré à la découverte d'un quartier par chaque binôme. Mathieu et moi-même avons hérité du quartier de la Victoire. Pour vous situer correctement je préfère laisser parler l'image. Voilà le quartier qui nous était assigné.

     

    Rendez-vous en quartier inconnu

    Vous pouvez voir qu'il s'agit donc de la partie sud de Bordeaux. On a coutume de dire que le centre ville se termine place de la Victoire. On s'attendait donc à naviguer dans un grand espace résidentiel. On n'a pas été déçu à ce niveau là. La superficie du quartier étant grande, on a décidé de partir sur le terrain vendredi soir (je l'ai vaguement évoqué) sans idée précise de ce qu'on voulait faire. A vrai dire, on a un peu erré sur quelques rues du quartier jusqu'à tomber sur une salle de musique près du cours Maréchal Juin, l'Irem. On a pu parler avec un prof de musique et le gestionnaire de cette ancienne association aujourd'hui habilitée à délivrer des diplomes aux musiciens et aux techniciens. 
    Le premier contact était bon, mais nous nous séparons avec Mathieu vers 19h avec de grosses interrogations. Comment traiter ce quartier ? Qu'est ce qui en fait sa spécificité ? Qu'est ce que les gens ont envie de savoir ? Que doivent-ils retenir ? Autant de questions auxquelles nous n'avons aucune réponse. On se donne rdv pour le lendemain 10h afin de passer le quartier au peigne-fin.

    Samedi matin. Je descends l'interminable (et très bondée) rue Sainte Catherine (1.3 km) qui sépare mon logement du quartier de la Victoire. Je vais chez Mathieu pour brainstormer et mettre sur papier nos attentes, nos recherches. On se concentre autour de plusieurs points : la mutation de la place de la Victoire au cours de l'Histoire, l'immigration (notamment espagnole) dans les faubourgs sud et la vision des habitants et commerçants de leur quartier.
    On travaille aussi sur la forme de notre exposé. On est tout de suite d'accord pour dire qu'un exposé dans une forme basique ne nous convient pas. On veut innover. On ne sait pas encore que ca nous coutera des heures de sommeil !!

    L'exercice demande également plusieurs prises de vue photographiques du quartier, d'un monument, d'une personne, de détails qui nous ont marqués ... Impossible d'éviter la grande colonne sur la place de la Victoire et la porte d'Aquitaine. La colonne a été érigée en 2005 par un sculpteur tchèque. Elle est ornée de pleins de petits détails qui rappellent la vigne et le vin. Les deux tortues placées au pied de celle-ci sont la "signature" du sculpteur et ont la même fonction d'hommage à la capitale viticole. 

    Rendez-vous en quartier inconnu
    La porte d'Aquitaine marquant l'entrée sur la place de la Victoire

    Rendez-vous en quartier inconnu
    © Office de Tourisme de Bordeaux /F.POINCET

    Partis le long du cours de la Somme qui prolonge la rue Sainte-Catherine, on découvre un bar espagnol tenu par Luis Sanchez. Il nous raconte les différentes vagues de  l'immigration espagnole dans le quartier Victoire / Nansouty  dans les années 50 à 70. C'est super intéressant et enrichissant. Il nous parle avec passion de son envie de fuir l'Espagne pour trouver du travail et son arrivée incongrue à Bordeaux par l'invitation d'un inconnu dans le train en 1963.

    Les accents chantants de l'Espagne s'évaporent vite quand on continue notre parcours. D'un coup, les rues sont très calmes, trop calmes. On est pourtant samedi après-midi. Les quelques résidents nous expliquent que le tram est à l'origine de cette désertification des commerces de certains endroits. Il a "centro-centré" la ville de Bordeaux. Les gens préférent gagner la ville rapidement par le tram pour aller faire des emplettes et revenir facilement dans leurs quartiers résidentiels, loin du tumulte du centre-ville. C'est le cas pour les fameuses "barrières" d'habitation qu'on trouve aux intersections des grands cours. 
    Seul le match de football des Girondins (tombé opportunément quand on passait vers Chaban Delmas dimanche vers 14h) vient troubler la vie paisible de certaines rues à l'accoutumée désertes.

    Rendez-vous en quartier inconnu

    Notre "road-trip" s'achève par un retour place de la Victoire. Nous passons dans une rue pleine de petites épiceries où l'on rencontre Sofiane, jeune épicier d'une trentaine d'années. A peine le temps de poser quelques questions sur son environnement de travail qu'il part dans une tribune contre un arrêté préfectoral l'obligeant à fermer son commerce à 22h. En vérité, il s'agit d'un moyen trouvé par la municipalité et la prefecture pour eviter les ventes anarchiques d'alcool à bas coût afin de lutter contre les noyades de personnes ivres dans la Garonne. L'opportunité d'une telle mesure pourra toujours se discuter, comme la question de sa proportionnalité. En attendant, l'alcool coule à flots quelques centaines de mètres plus loin sur la place de la Victoire où les bars sont nombreux.

    Le temps de boire un verre sur notre terrain de jeu samedi soir et de revenir dessus pour un "complément d'enquête" dimanche matin, qu'il fallait se mettre à rédiger tout ça. Notre idée était de mettre de la vie dans notre présentation. On a donc choisi la forme d'un reportage TV en mode "Rendez-vous en terre inconnue". En amélioré ça donne, vous l'aurez compris avec le titre de l'article, "Rendez-vous en quartier inconnu". La saynette dure une quinzaine de minutes où le présentateur que je suis échange avec le reporter sur le terrain (Mathieu). 
    En grands perfectionnistes que nous sommes, nous avons mis plus de 5h à tout rédiger, mais cela en vallait la peine. La promo a apprécié, a suivi, a compris notre message. La prof aussi. Mais on s'est surtout fait plaisir à passer 2 jours sur le terrain, à se casser la tête à trouver le contenu et la forme. Et c'était bien ça l'essentiel.

     

    Dans le reste des exposés (plus classiques mais non moins intéressants), chaque binome nous a fait découvrir son quartier. S'il serait assez rébarbatif et inutile de tout lister, je donne juste mon impression sur Bordeaux "post reportages". On a l'impression d'une ville qui s'est dynamisée en 10-15 ans grâce à l'action de la municipalité pour mettre en valeur le centre-ville. L'arrivée du tram a dynamisé ce dernier d'une façon incroyable, mais a contribué à faire de certains quartiers alentours des zones résidentielles uniquement. J'ai eu l'impression d'une ville assez "cloisonnée" entre ses multiples quartiers. Ainsi, l'expression "un village dans la ville" pour définir un quartier est-elle revenue très souvent. L'impression d'une ville bourgeoise peut s'avérer juste si l'on s'arrête sur certains quartiers un peu huppés mais dans l'ensemble, Bordeaux est une ville marquée par la diversité de ses habitants, les quartiers populaires comme St Michel, Nansouty ou la Gare en sont les meilleurs témoins. Malheureusement, on cherche à réhabiliter ceux-ci pour en faire des zones plus asceptisées, moins populos. La tentation d'avoir une ville très (trop ?) lisse est visible. Le classement de la ville à l'Unesco n'est peut-être pas étranger à celà.
    Bordeaux semble en tout cas une ville active, dynamique et dans laquelle il fait bon vivre. Une ville claire, ouverte et plutôt belle (même si c'est subjectif). Ces reportages ont permis de faire plus ample connaissance avec notre terrain de jeu pour les deux prochaines années. Les bases sont lancées ! 

    Je termine mon article sur une photo qui m'a marquée parmi tous les exposés, c'est celle de la rue Sainte-Catherine un samedi après-midi. Du monde à perte de vue sur près d'1,5km.

    Rendez-vous en quartier inconnu

    Prochain article dans le courant de la semaine pro sur mes deux premières semaines de cours. Enfin !

     


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  • Jeudi 20 Septembre, il est 14h et je me trouve pour la deuxième fois de ma vie devant le batiment moderne de l'IUT Michel de Montaigne de Bordeaux, qui abrite les locaux de l'IJBA. Paradoxalement j'étais bien plus stressé jeudi dernier que lors de ce beau jour du mois de juin qui m'a conduit à l'oral du concours. Ce jour marquait le début de mes vacances et la fin de la si longue période des concours. Il ne revêtait pas d'angoisse particulière puisque je disposais une porte de sortie dans une autre école dont le résultat était tombé quelques jours plus tôt. Ce jour là donc, me parait bien loin lorsque je sors du tram C qui me dépose à quelques encablures de l'école.
    Plus qu'une demie-heure avant la rentrée. Celle qui marque le coup d'envoi de 2 ans dont personne ne sait la teneur qu'ils vont prendre. J'aperçois de nombreux étudiants, certains seuls, d'autres déjà en groupe. Certains cherchent des têtes connues, d'autres patientent tranquillement.

    Réunion de rentrée et prémices d'un week end agité

    Le batiment de l'IJBA, rue Jacques Ellul (photo Wiki)

    Je me dirige fébrilement vers la salle 213, la grande salle des étudiants de l'IJBA où (presque) toute l'équipe pédagogique se tient devant nous. Le directeur de l'IJBA en bon chef d'orchestre, prend la parole en premier pour nous souhaiter la bienvenue. Il tente de nous expliquer en quoi vont consister ces 2 ans. Je décroche quelque peu. Assimiler toutes ces choses en quelques minutes relève de l'impossible pour moi. Je joue déjà avec le stylo qu'on nous a distribué. Je masque un peu ma crainte. Chaque enseignant et membre du personnel administratif se présente puis c'est au tour de chaque étudiant de faire de même.
    Je constate à mon fort étonnement que la promo 2012 est très jeune. Entre 22 et 23 ans de moyenne d'âge. Pour la plupart, nous avons Bac + 3 ou 4. Rarement plus. Mon impression est confirmée par les dires de la "mère" de l'IJBA, l'ancienne directrice, qui coordonne aujourd'hui de nombreux projets. En fait, ses fonctions sont tellement diverses et étendues, et ses missions si nombreuses, qu'un simple "titre" ne peut définir ce personnage atypique au caractère bien trempé. Cette professeur sait ce qu'elle veut, elle sait ce qu'elle attend de nous. L'inverse étant malheureusement moins vrai !!

    Après un tour de table enrichissant où je tente d'intégrer quelques prénoms et visages de mes 35 camarades, place déjà au premier cours avec l'ex patronne de l'IJBA justement : le reportage bordelais. On rentre vite dans le vif du sujet. Elle explique brièvement le but de l'exercice : découper Bordeaux en 18 quartiers et travailler en binome sur un quartier, son histoire, ses habitants et retranscrire le tout le lundi et mardi suivant. Tout le monde semble abasourdi. Pour ceux qui n'étaient pas entièrement revenu de vacances, l'atterrissage est quelque peu brutal ! 
    A peine quelques mots échangés avec mes voisins directs qu'il faut établir un binome et sélectionner un quartier dans une ville quasi-inconnue. On choisit (par défaut) le quartier de la Victoire, bastion estudiantin s'il en est, et ses faubourgs sud. Je n'ai aucune idée de comment traiter le sujet, ni quel angle utiliser, ni sous quelle forme présenter ce travail. Je suis perdu, disons-le ! Heureusement, quasiment toute la promo décide de fêter la rentrée en allant boire un verre quartier Saint-Michel, histoire de faire plus ample connaissance. La journée se termine mieux qu'elle n'avait débutée même si l'épine du reportage bordelais est bien enfoncée dans notre pied.

    Réunion de rentrée et prémices d'un week end agité

    Le quartier Saint-Michel

    La promo 2012-2014 de l'IJBA

    Vendredi, après une brève visite des locaux, le directeur nous reçoit pour nous parler de notre avenir, à l'école et à sa sortie. A peine rentré, on nous parle déjà de la sortie et des concours organisés par les médias pour décrocher un stage ou un CDD. Autant dire qu'il assome la promo en quelques minutes. Son discours en est presque dur à digérer. J'ai l'impression, pour ma part, que trouver un job relève du miracle même en passant par une école reconnue (dont le concours est pourtant difficile et selectif) et qu'il n'y a que par la voie des concours de presse qu'on arrivera peut-être à décrocher un CDD. Ca fait mal et les illusions se brisent rapidement.

    L'après-midi, suite du premier cours avec une grosse présentation de la ville. L'Histoire, les données sociales, la politique, les clichés ... tout y passe. C'est très intéressant de comprendre enfin un peu mieux notre terrain de jeu. Bordeaux a une histoire particulière puisqu'elle a connu ses heures de gloire économiquement parlant à des heures bien plus sombres "humainement" parlant : celles du commerce triangulaire. La gestion de cet héritage est difficile et la ville a connu une forte modernisation et réhabilitation depuis une dizaine d'années (toujours en cours). Mais je ne souhaite pas encore rentrer dans les détails car je compte faire un article plus centré sur le reportage bordelais.
    A 17h, premiers pas sur le terrain pour tenter de débroussailler tout ce grand espace qui nous est attribué. En 2h, on n'avance pas d'un pouce ou alors dans des directions qui ne semblent pas être les bonnes. On le comprend vite : le week end va être long et compliqué. L'avenir me montrera que je ne croyais pas si bien dire !! 

     


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